Lilo et Stitch
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A propos

Après la sortie du relativement décevant Atlantide, on était en droit de se demander ce qu'allait être la prochaine création des studios Disney.

En effet, si Atlantide partait d'une idée fort intéressante, i.e. attirer un public plus mature, le traitement fut boudé par le public, et ce, malgré un design novateur (Mike "Hellboy" Mignola ayant participé au chara design, même si sa participation ne se ressent pas tant que ça une fois passé sur le grand écran) et un ton plus adulte, plus sombre. Ce film restera donc un hybride, produit d'un studio qui cherche à attirer un nouveau public, sans pour autant se couper de sa base qui va diminuant (les enfants et par extension, les familles, public longtemps exclusif, et exclusivement visé en conséquence).

Quid donc de Lilo et Stitch ? Disney persistera-t-il dans une optique plus sombre du dessin animé, plus mûre, plus proche de certaines productions nippones, ou reviendra-t-il à ce qui a fait son succès, à savoir les créatures mignonnes et les enfants, le tout servi (ou desservi, selon que l'on soit adepte ou non) par une histoire bon enfant ? Les premiers designs peuvent le laisser penser. Une créature bleue, koala mutant à six pattes, qui n'est pas sans rappeler le fourreux de Loisel. Une gentille petite fille, qui traîne sa poupée faite main avec elle. Des décors à l'aquarelle, méthode "ancestrale" à l'époque du tout numérique ou presque. Disney est revenu à la source, passez votre chemin.

Ou pas, Car la première bande annonce, rapidement suivie de trois autres, montre une réelle volonté de changer. Ces petits films sont des chef d'oeuvres d'impertinence, où Stitch ne respecte rien, et surtout pas les classiques de la maison mère. (Aladdin, le Roi Lion, la Petite Sirène, et la Belle et la Bête). Macho, vulgaire, malpoli, il a tout pour être detesté, et n'en devient par là même que plus intéressant. En outre, un public adulte est visé sans détours : combien d'enfants pourraient reconnaître les riffs d'AC/DC sur Back in Black ? Ou la voix d'Elvis sur Hound Dog ?

Et le film s'avère à la hauteur de l'aperçu : des décors somptueux, des musiques sublimes, qui retranscrivent parfaitement Hawaii telle que l'on se l'imagine. Le design, quant à lui, est une fois de plus déroutant : après l'anguleux Atlantide, voici venir des personnages tout en rondeur, loin des canons de beauté habituels, au nez légérement épaté, aux yeux légérement bridés. Déroutant, donc, mais non désagréable. Les personnages sont attachants tels que, et le cadre de l'histoire remplit son rôle premier : faire rêver. Les décors, certes, les musiques, passe encore, les personnages, tant mieux, mais qu'en est-il de l'essentiel ? Ce film remplit-il ses promesses ?

Oui, mille fois oui. Stitch, et Lilo dans une moindre mesure, sont l'âme de ce film : les conventions volent en éclats, les rires fusent rapidement, les gags cachés se révèlent petit à petit. Certaines scènes comme la fuite de Stitch, ou la passion photographique de Lilo, font l'effet d'un grand coup de frais sur l'idée qu'on peut se faire d'un Disney. Disons le clairement : Ils se sont lâchés, et on en redemande. Mais ce qui reste "la" scène maitresse, c'est l'éducation de Stitch via le modèle de Lilo : Elvis, dont les chansons rythment agréablement le film. L'histoire ne s'essouffle pas, les clins d'oeil se succèdent, l'humour loufoque reste présent, entrecoupé des séquences "émotion" quasi obligatoires (mais de fait, elles passent beaucoup mieux, et évite de donner un ton "niais" à l'ensemble, travers dans lequel de nombreux films tombent souvent). L'action s'avère aussi au rendez-vous grâce à un Stitch indestructible, increvable, infatigable, et ses poursuivants que tout oppose dans leur comportement et les méthodes à employer. Sans compter tout ceux gravitant autour de Lilo, qui n'en marginalisent que d'autant plus la petite fille et son compagnon à poils bleus.

Lilo et Stitch sont ainsi des héros atypiques, tout deux déracinés et transportés dans un monde qui ne semble pas les comprendre, et que tout semble réunir, à l'exception des multiples personnages secondaires qui tournent autour d'eux, interagissant entre eux et avec nos deux héros de mille et une manières, entrainant scène d'action sur scène d'action, gag sur gag, clin d'oeil sur clin d'oeil.

Pari osé, pari tenu : Disney peut changer, et il nous le prouve d'une fort belle manière.